L’origine des mots, des maux


À l’origine, on n’est que sens à l’état pur. Puis, on grandit dans une famille qui nous apprend tout ce qu’elle sait. Elle t’inculque son savoir du mieux qu’elle le peut, la plupart du temps sans en être consciente.  Elle se contente de répéter ce qu’on lui a transmis. Je le répète, elle fait de son mieux.

Même à travers ses cris, ses tiraillements, sa compétence ou son incompétence, elle nous façonne et au début, elle nous fascine. Nous sommes si petits et si vulnérables, nous en sommes dépendants et nous commençons notre apprentissage, notre entraînement.

On doit écouter même si ça nous déplait, même si cela révolte tous nos sens. On apprend. Au début, on n’en est pas conscient. Notre psyché imprime tout sans aucun discernement. Les méandres de notre pensée se façonnent à notre insu, mais se façonnent tout de même avec ou sans l’accord de nos sens.

Tant que nos sens se réjouissent, tout va. C’est quand ils se révulsent que le mal s’installe. Et comme nous ne savons encore ni parler ni nous faire comprendre, on s’exprime avec nos sens, assez maladroitement je dois dire. Nos réactions sont difficiles à interpréter.

Nos parents les comprennent avec leur propre filtre qui est fait de leurs croyances et de leur éducation. S’ils sont adroits, ils vont essayer de nous comprendre et nous serons alors un petit maître pour eux. Si, comme c’est si souvent le cas ils n’en ont ni le temps ni le désir, notre apprentissage sera plus rude, car ils tenteront de réprimer nos cris.

Les croyances comme son nom l’indique sont quelque chose que nos parents n’ont jamais remis en question. Les croyances ne se contestent pas, elles se croient tout simplement. Si on veut survivre, il nous faudra apprendre à vivre avec leurs convictions jusqu’à devenir assez grand pour s’en défaire.

Étrangement, on ne peut se départir d’une croyance sans en mettre une autre en place qui soit suffisamment adéquate pour maintenir notre équilibre.

On a le droit de penser en tout temps. La difficulté est de débroussailler notre pensée à travers les croyances qu’on nous a inculquées.

C’est là où réside la peur. Explorer les méandres de la pensée c’est prendre le risque de se tromper et de déplaire, de se faire juger. Arriver trop vite à une conclusion que l’on voudrait que les autres adoptent est également une des erreurs qui augmentent notre peur. Ce n’est pas la conclusion qui importe, c’est le chemin qui y mène. La conclusion peut toujours changer.

On nous a appris à trouver la bonne réponse sinon, on récoltait un échec. On a peur des échecs, peur de se tromper et donc peur d’explorer. Si nous vivions dans un monde qui aime réfléchir, on se sentirait bien, on n’aurait pas peur, on serait probablement excité, nos neurones se réjouiraient, on se sentirait libre. Notre énergie serait alors décuplée au lieu d’être emprisonnée dans les méandres des limites des autres.

Sur cette terre, cela demande du courage de faire la chose pour laquelle le cerveau a été créé, c’est-à-dire penser, car peu de gens le font. Ils se contentent de répéter ce qu’on leur a montré et cela devient une norme à respecter.

On se sent alors différent et on met en place des mécanismes d’adaptation pour se conformer et ainsi trouver une place, la nôtre. C’est là que le bât blesse et que l’on commence à avoir mal, à se sentir différent.

Ou bien on s’isole et se comprime en soi-même, on se fait tout petit, on se replie sur nous-mêmes jusqu’à redevenir le fœtus que nous fûmes pour retrouver le germe initial de la vie qui nous a conçues et on n’a qu’une envie : disparaître.

C’est ce que l’on appelle la dépression et ses idées noires. Vous voyez bien que ces idées sont toujours là. C’est juste qu’ à force d’être réprimées elles deviennent noires.

Ou bien, on se bat en se révoltant, en criant, en blessant, en se blessant, en blessant les autres. Ce n’est pas mieux, ce n’est qu’une autre manière tout aussi maladroite qui a pour but de permettre à nos pensées de se frayer un chemin qui nous ressemble.

Se conformer aux certitudes d’autrui est une solution plus sereine, mais tout aussi inadéquate puisqu’elle maintient la pensée au neutre. Alors, comment faire?

Quand j’étais petite, je ne désirais que persister jusqu’à ma majorité pour me sentir enfin libre d’explorer ma psyché sans entraves. Cette solution m’a permis de survivre sauf qu’une fois adulte, ma pensée était encore emprisonnée dans celle des autres puisque je dépendais du système qui m’a vu naître.

Je devenais autonome et je devais m’occuper moi-même de répondre à mes besoins. Je suis restée en survie longtemps. Pas de travail ou plutôt mille et un boulots qui m’interdisaient d’utiliser ma pensée. Il me fallait encore une fois me conformer à un système avec son ordre que je devais suivre sous peine de m’exclure. Je me suis donc exclue. Jusqu’à ce que je décide de me rallier avec l’idée d’inscrire ma pensée naissante à celles que j’avais décidé d’apprendre.

Il aurait été beaucoup plus simple cependant de comprendre dès le début que j’avancerais dans des pensées qui ne m’appartenaient pas encore. Si on m’avait enseigné que mon travail était d’apprendre tout en me donnant le droit d’inclure ma propre pensée, j’aurais eu moins de résistance et je me serais moins battue.

Le message était plutôt celui-ci : Écoute, enregistre, donne-nous ce que nous voulons (ce que nous te demandons) et ensuite, peut-être auras-tu le droit de faire tes propres équations.

J’ai voulu ignorer ces consignes, les remettre en question et ce faisant, j’ai augmenté mon insatisfaction et mon sentiment de rejet minant ainsi un début de confiance en moi qui ne m’a jamais été accordée.

J’avais tellement hâte d’avoir la permission de penser par moi-même et elle n’est jamais venue. J’ai dû me l’accorder moi-même.

Cela demande beaucoup d’autonomie de faire ses propres lois tout en honorant celles des autres. En voici les balises : aimer, s’assurer que notre intention est pure. Ne jamais en douter et ne jamais devenir bourreau pour soi-même ou pour les autres.

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